Le bonheur est-il mesurable ? peut-il y avoir une science du bonheur ?
Connaissez-vous Matthieu Ricard ? C’est un ancien biologiste devenu moine à l’âge de 30 ans, il traduit le dalaï-lama en français et est même devenu son bras droit… qu’a-t-il de particulier pour que j’en parle ici ? il serait paraît-il l’homme le plus heureux du monde !
vous me répondrez sans doute que le bonheur étant quelque chose de subjectif, nul ne peut se prétendre “le plus heureux” : le bonheur n’est pas une question de quantité ! Un peu de ceci, un peu de cela, et voilà, vous faites partie des heureux élus connaissant le bonheur en ce monde !
Pourtant la neurobiologie se penche en ce moment très sérieusement sur la question de savoir si on peut mesurer le bonheur, entendez le mot de “mesure” au sens où il s’agit de mesurer la zone du cerveau en activité quand vous êtes heureux…
Mr Ricard participe à un programme de recherche dirigé par Richard Davidson, chef de laboratoire de neurologie affective à l’université du Wisconsin. On y cherche à savoir si on peut cartographier l’équilibre mental d’un individu. On visualise par imagerie médicale ce qui se passe dans le cerveau, et on quantifie. Le postulat de cette nouvelle science (du bonheur ? des émotions ?) est qu’une grande activité dans le cortex préfrontal gauche du cerveau est liée aux émotions positives; à l’inverse, si ça se passe à droite, alors on est en présence d’émotions négatives.
Particpant à une expérience effectuée sur 100 sujets, Mr Ricard a obtenu la “note” de -0,45… alors que la plupart des gens ayant subi le même test n’ont obtenu que des “notes” allant de +0.3 (tristesse) à -0.3… Conclusion : notre homme est pour le moment déclaré “scientifiquement” “homme le plus heureux du monde” ! Apparemment, les personnes pratiquant la méditation (un nomade tibétain, un jeune français, un universitaire) ont eu des résultats “hors norme”.
Evidemment, vous voyez les conséquences pratiques/éthiques que cela peut avoir :
- on peut vous rendre heureux, que vous le vouliez ou non…
- on peut en venir à parler de prédisposition génétique au malheur ou au bonheur (ainsi lors d’expériences effectuées sur des enfants de 2 ans, on a pu repérer des “différences d’équilibre mental”); la société aurait alors tout intérêt à recourir à cette “science” afin de se “débarrasser” des individus dépressifs !
- voire même pourquoi ne pas décider de mettre fin à ses jours si on découvre soi-même que l’on est voué à être malheureux ?
Cependant, M. Ricard répond à ces objections que je viens de faire que l’on peut s’en sortir, à force, justement, de méditer : c’est un entraînement mental qui va changer l’équilibre existant… Il est vrai qu’on a découvert il n’y a pas si longtemps que ça que le cerveau continue à évoluer toute notre vie (on a cru longtemps qu’après ce qu’on appelle l’adolescence, le cerveau était figé, “fini”).
Reste tout de même une interrogation : ici le mystère c’est l’interaction esprit/ cerveau…
A lire si vous voulez aller plus loin :
- Le moine et le philosophe, écrit par M. Ricard et son père, F. Revel, philosophe et journaliste
- Plaidoyer pour le bonheur, de M. Ricard (série d’exercices pour atteindre la sérénité)